Zazie dans le métro - Raymond Queneau

- On va demander à un passant, propose Gabriel.
- Les passants, réplique Charles, c'est tous des cons.
- C'est bien vrai, dit Zazie avec sérénité.

- Napoléon mon cul, réplique Zazie. Il m'intéresse pas du tout, cet enflé, avec son chapeau à la con.

- Alors, déclara-t-elle, je serai astronaute.
- Voilà, dit Gabriel approbativement. Voilà, faut être de son temps.
- Oui, continua Zazie, je serai astronaute pour aller faire chier les martiens.

- Ce n'est pas un raison valable. La violence, ma petite chérie, doit toujours être évitée dans les rapports humains. Elle est éminemment condamnable.
- Condamnable mon cul, répliqua Zazie, je ne vous demande pas l'heure qu'il est.
- Seize heures quinze, dit la bourgeoise.

- Pourquoi qu'il disait, pourquoi qu'on supporterait pas la vie du moment qu'il suffit d'un rien pour vous en priver? Un rien l'amène, un rien l'anime, un rien la mine, un rien l'emmène.

- Par egzemple. Ou bien encore celui que j'adopte lorsque je me vêts en agent de police (silence).
Il parut inquiet.
- Je me vêts, répéta-t-il douloureusement. C'est français ça: je me vêts? Je m'en vais, oui, mais: je me vêts? Qu'est-ce que vous en pensez, ma toute belle?
- Eh bien, allez-vous en.

Marceline haussa les épaules.
- Eh bien vêtez-vous.
- Vêtissez-vous, ma toute belle. On dit vêtissez-vous.
Marceline s'esclaffa.
- Vêtissez-vous! vêtissez-vous! Mais vous êtes nul. On dit: vêtez-vous.