Erewhon

Erewhon - Samuel Butler Alors je lui traduisis de mon mieux le noble discours dans lequel Hamlet dit que c'est seulement la crainte de souffrir encore davantage après cette vie qui nous retient de nous précipiter dans les bras de la mort.

En réalité dès que la précision est nécessaire, l'homme court bien et vite à la machine, car il la considère comme préférable à lui-même. Nos machines à calculer n'oublient jamais un chiffre, nos métiers jamais une maille. La machine est encore alerte et active lorsque l'homme est fatigué; elle a l'esprit lucide et calme quand l'homme est stupide et hébété; elle n'a pas besoin de sommeil, et il faut que l'homme dorme ou tombe. Toujours à son poste, toujours prête au travail, son ardeur ne se ralentit jamais, sa patience ne se dément pas, sa force est plus grande que celle de centaines d'hommes assemblés, et sa vitesse laisse les oiseaux derrière elle. Elle peut plonger, en creusant, dans la terre, et elle marche sur les cours d'eau les plus vastes et ne s'enfonce pas. Telle est la plante avec sa tige encore verte; que sera-t-elle quand l'écorce aura poussé?

L'air que nous respirons n'est guère plus nécessaire à notre vie animale que l'usage des machines, sur lesquelles nous avions compté quand nous accroissions notre population, ne l'est à notre civilisation. Ce sont aussi bien les machines qui agissent sur l'homme et l'ont fait ce qu'il est, que l'homme qui a agi sur les machines, et les a faites ce qu'elles sont.