Calyre

The History Of Tom Jones, A Foundling - Henry Fielding

- A vrai dire, poursuivit-il, il est un degré de la générosité (de la charité, devrais-je dire) qui semble avoir quelque apparence de mérite, c'est quad, partant d'un principe de bonté et d'amour chrétien, on donne à autrui ce dont on a soi-même un besoin réel; quand, pour diminuer la détresse d'autrui, on accepte d'en partager une partie en donnant même ce dont nos propres besoins ne nous permettent guère de nous passer.

Or dans les conjectures ici proposées, on pourra employer avec grand avantage les plus excellentes facultés de l'esprit, puisque c'est une capacité plus utile de pouvoir prédire les actions des hommes, en toutes circonstances, d'après leur caractère que de juger leur caractère d'après leurs actions.

Aristote, dans sa Politique, leur rend, me semble-t-il, plus de justice quand il dit: "La modestie et le courage chez les hommes diffèrent des mêmes qualités chez les femmes; car le courage qui convient à une femme serait lâcheté chez un homme; et la modestie qui convient à un homme serait effronterie chez une femme."

Le lecteur se rappellera peut-être que, dans notre description de ce bosquet, nous avons parlé d'un ruisseau murmurant, lequel ne venait pas là, comme les doux ruisseaux qui coulent dans les romans vulgaires, sans autre but que de murmurer. Non !

Comme le note un génie das plus éminents au cinquième chapitre de son Bathos, "le grand art de toute poésie est de mêler vérité et fiction de façon à joindre le croyable au surprenant".

- Oui-da, répondit-elle, un pur amateur, certes. Comme disait mon premier mari, je pourrais mettre dans mes yeux tout le bien que tu m'as jamais rapporté, sans y voir plus mal pour cela.

J'abandonnai alors mes livres, et me laissai aller un mois entier aux effets du chagrin et du désespoir. Le temps, cependant, qui est le meilleur médecin de l'âme, fini par m'apporter le soulagement.

Jones déclara alors qu'ils avaient certainement perdu leur route; mais le guide affirma que c'était impossible, mot qui, dans la conversation courante, est souvent employé pour signifier non seulement ce qui est improbable, mais souvent ce qui est en réalité fort vraisemblable, et parfois ce qui est arrivé en toute certitude. C'est une violence hyperbolique du même genre qui se présente pour les mots "infini" et "éternel": par le premier, on exprime souvent une distance d'un demi-yard, et par le second, une durée de cinq minutes. Ainsi est-il habituel d'affirmer l'impossibilité de perdre ce qui est déjà positivement perdu. C'était en fait, le cas à présent; car, en dépit des assertions remplies de confiance du garçon, il est certain qu'ils n'étaient pas plus sur la bonne route de Coventry qu'un avare frauduleux, rapace, cruel, papelard n'est sur celle des cieux.

The Miserable Mill - Lemony Snicket

Mais Violette avait beau rêver d'une invention fabuleuse, Klaus avait beau mijoter une passionnante enquête sur les mousses, Prunille avait beau actionner les mâchoires en guise d'exercice prémordicatoire (mot qui n'existe absolument pas, mais absolument nécessaire ici), à voir la forêt de Renfermy, si sombre et si rébarbative, les trois enfants se demandaient s'ils allaient vraiment se plaire là où on les envoyait cette fois.

Phil s'écroula par terre sans achever sa phrase, blanc comme plâtre et luisant de sueur. De tous les bruits détestables du hangar aux machines, celui-là était le pire entendu à ce jour, et de loin. Le chtamp de l'eschtampilleuse avait été coupé net par un craquement sinistre et un cri déchirant.

Detectives in Togas - Henry Winterfeld

Jules leva le doigt.
"Et pourquoi Rufus l'aurait-il fait? demanda-t-il. Il lui aurait été plus simple d'écrire directement sur le mur.
- Pas si simple que ça! répondit le maître. As-tu déjà essayé d'écrire dans l'obscurité?"
Jules ne sut que répondre.
"Ah! tu vois? fit Xantippe très satisfait. Toi, tu n'es même pas capable d'écrire correctement en plein jour!"

Three Lives - Gertrude Stein, Ann Charters

Mélanctha Herbert perdait toujours ce qu'elle avait en voulant avoir tout ce qu'elle voyait. On lâchait toujours Mélanctha alors qu'elle ne lâchait pas les autres.

Le Petit Nicolas - Jean-Jacques Sempé, René Goscinny

Rufus c'est un copain, et son papa, il est agent de police. Rufus a dit qu'il ne connaissait pas la fable par cœur, mais qu'il savait à peu près de quoi il s'agissait et il a commencé à expliquer que c'était l'histoire d'un corbeau qui tenait dans son bec un roquefort. "Un roquefort?" a demandé l'inspecteur, qui avait l'air de plus en plus étonné. "Mais non, a dit Alceste, c'était un camembert. - Pas du tout, a dit Rufus, le camembert, le corbeau il n'aurait pas pu le tenir dans son bec, ça coule et puis ça sent pas bon! Ça sent pas bon, mais c'est chouette à manger, a répondu Alceste. Et puis, ça ne veut rien dire, le savon ça sent bon, mais c'est très mauvais à manger, j'ai essayé, une fois. - Bah! a dit Rufus, tu es bête et je vais dire à mon papa de donner des tas de contraventions à ton papa!" Et ils se sont battus.

Dans la cour, on s'est mis tous autour de Djodjo. On lui a posé beaucoup de questions, mais lui, tout ce qu'il faisait, c'était nous montrer des tas de dents. Et puis, il s'est mis à parler, mais on n'a rien compris, ça faisait "oinshouinshouin" et c'est tout. "Ce qu'il y a, a dit Geoffroy qui va beaucoup au cinéma, c'est qu'il parle en version originale. Il lui faudrait des sous-titres. - Je pourrais peut-être traduire", a dit Agnan qui voulait essayer ses rudiments encore un coup. "Bah, a dit Rufus, toi, tu es un dingue!" Ca, ça lui a plu, au nouveau, il a montré Agnan du doigt et il a dit : "Aoh ! Dingue-dingue-dingue !" Il était tout content.

Ça a sembler lui faire plaisir à Agnan et il m'a dit qu'on allait jouer. Il a commencé à sortir des tas de livres, de géographie, de sciences, d'arithmétique et il m'a proposé que nous lisions et que nous fassions des problèmes pour passer le temps. Il m'a dit qu'il y avait des problèmes chouettes avec des robinets qui coulent dans une baignoire débouchée et qui se vide en même temps qu'elle se remplit.

The Wide Window - Lemony Snicket

Il n'était pas spécialement doué pour réconforter les gens, mais il enlaça les orphelins de son mieux en murmurant "Allons ! Allons !" comme on le fait en pareil cas (et nul ne saurait dire pourquoi, puisque personne ne va nulle part et qu'aller n'a rien de si réconfortant).

Il y avait un plan de travail sur lequel préparer ses soupes froides, un frigo dans lequel conserver ses soupes froides, et un évier dans lequel faire disparaître ses soupes froides quand personne n'en voulait plus.

L'art d'analyser les écritures est avant tout affaire d'expert. Ces experts se nomment graphologues et ils ont suivi des cours de graphologie, potassé des traités de graphologie, effectué des travaux pratiques en graphologie, passé des examens de graphologie afin d'obtenir leur diplôme de graphologie.

The Reptile Room - Lemony Snicket

- Si seulement l'oncle Monty savait ce que nous savons ! dit Violette. Si Stephano savait que l'oncle Monty sait ce que nous savons ! Mais l'oncle Monty ne sait pas ce que nous savons, et Stephano sait qu'il ne le sait pas.
- Je sais, dit Klaus.
- Je le sais que tu sais. Mais ce que nous ne savons pas, c'est ce que le comte Olaf - je veux dire Stephano - a l'intention de faire. Il louche sur notre fortune, d'accord ; mais il compte s'en emparer comment ? Puisque l'oncle Monty veille sur nous ?

Derrière le quatre-quatre bringuebalant, les enfants Baudelaire regagnaient la maison aux côtés de Mr Poe, la moutarde au nez et la rage au cœur. On est toujours très désemparé lorsqu'on vient de se faire démontrer par A + B qu'on a tort, surtout lorsqu'en réalité on a raison, et que c'est la personne en tort qui a démontré qu'on avait tort, démontrant, à tort, qu'elle avait raison. Ai-je tort ?

Le pavillon des enfants fous - Valérie Valère

Je regarde ses yeux plissés et bleus, ils sont laids, elle a une petite tête mais un gros corps, elle me fait rire mais c'est elle qui a les clefs, elle me fait rire mais c'est moi qui suis enfermée...

Elle avait les cheveux roux et crépus, une peau parsemée de taches de rousseur, une démarche incertaine, glissante et inaudible, comme inexistante. Je me rendis parfaitement compte que c'était moi que je cherchais à atteindre à travers elle.

Dans trois jours je ne les verrai plus... je suis horrible. Je ne peux aimer personne. Ces autres anorexiques m'ont aidée, je me suis servie d'elles et je les laisse se débrouiller avec ces sales murs... J'ai fait semblant de m'intéresser à leur vie et c'était la mienne que je cherchais à travers la leur. A cause de cela j'ai perdu mon entêtement, l'intensité de mes sentiments, abandonné ma révolte et mon désir de vengeance.

Je ne sais pas qui je suis, je ne sais même pas si je suis. Mes pas me portent sans que je sache où ils me mènent et ça n'a pas d'importance. J'aimerais ne plus rien savoir. Les trottoirs sont des couloirs où les passants marchent comme des fous, avec leurs gestes, avec leurs regards, avec leur folie. Ils n'ont pas besoin de calmants, c'est peut-être pour cela qu'on ne les a pas enfermés... Leur pavillon est mieux décoré, boutiques, arbres, voitures.

The Haunting of Hill House - Shirley Jackson

"Avant d'aller dormir ce soir, disait Theodora au docteur, je veux être sûre d'avoir vu chaque centimètre carré de cette maison. Pas question de me retrouver dans mon lit sans savoir ce qu'il y a au-dessus de ma tête ou en dessous de moi. Nous devons absolument ouvrir quelques fenêtres, empêcher les portes de se fermer, et ne plus être obligés de nous déplacer sans cesse à tâtons.
- Si nous disposions des petites pancartes? suggéra Luke. Des flèches qui indiqueraient SORTIE, par exemple.
- Ou CUL-DE-SAC, dit Eleanor.
- Ou ATTENTION, CHUTE DE MEUBLES, ajouta Theodora. Bonne idée Luke.
- Mais d'abord, explorons la maison tous ensemble."

Les faux-monnayeurs - André Gide

Il me semble parfois que je n'existe pas vraiment, mais simplement que j'imagine ce que je suis. Ce à quoi je parviens le plus difficilement à croire c'est à ma propre réalité.

Il se demande s'il aurait deviné, à la seule lecture de la lettre de Laura, qu'elle a les cheveux noirs? Il se dit que les romanciers, par la description trop exacte de leur personnages, gênent plutôt l'imagination qu'ils ne la servent et qu'ils devraient laisser chaque lecteur se représenter chacun de ceux-ci comme il lui plaît.

Survive the Savage Sea - Dougal Robertson

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Dune - Frank Herbert

Il força l'allure et perçut le froissement des robes derrière lui. Il pensa alors aux paroles du sirat qu'il avait lues dans la minuscule Bible Catholique Orange de Yueh : "Le Paradis sur ma droite, l'Enfer sur ma gauche et l'Ange de la Mort derrière moi", et il se les répéta plusieurs fois.

La voix de Duncan Idaho s'éleva dans sa mémoire : "Lorsque ton adversaire a peur de toi, laisse les rênes livres à sa peur pour qu'elle fasse son œuvre. Qu'elle devienne terreur. L'homme qui a peur lutte avec lui-même. A la fin, il attaque par désespoir. C'est l'instant le plus dangereux mais, en général, l'homme terrifié commet une erreur fatale. Tu as été éduqué pour déceler ce genre d'erreur et en profiter."

Il existe un axiome Bene Gesserit qui disait : "La survie est la capacité de nager en des eaux étranges." Et Jessica songea : En ces eaux étranges, Paul et moi nous devons trouver les courants favorables... si nous voulons survivre.

Il essaya de se concentrer sur elle, mais le passé et l'avenir surgissaient dans le présent, brouillaient la vision.

Life and Times of Michael K - J.M. Coetzee

Tandis qu'il n'est pas difficile de vivre une vie qui consiste simplement à passer le temps. Je suis un de ces êtres heureux qui échappent à toute vocation.

The Labyrinth of Solitude and Other Writings - Octavio Paz, Lysander Kemp, Yara Milos

Notre mort illumine notre vie. Si notre mort manque de sens, c'est que notre vie en a manqué. C'est pourquoi, lorsque quelqu'un meurt de mort violente, nous disons seulement : "Il l'a cherché". Et il est vrai que chacun a la mort qu'il mérite, la mort qu'il fait. Mort de chrétien ou mort de chien sont des façons de mourir qui reflètent des façons de vivre. Si la mort nous trahit et que nous mourions de mauvaise façon, tout le monde se lamente : il faut mourir comme on vit. La mort est intransférable, comme la vie. Si nous ne mourons pas comme nous vivons, c'est que réellement notre vie ne fut pas nôtre : elle ne nous appartenait pas, comme ne nous appartient pas la mauvaise mort qui nous tue. Dis-moi comment tu meurs et je te dirai qui tu étais.

Nous décorons nos maisons de crânes, nous mangeons le Jour des Morts des pains qui imitent des os, nous nous amusons de chansons et de mots où rit la mort pelée, mais cette familiarité fanfaronne ne nous dispense pas de la question que tous nous nous posons : Qu'est-ce que la mort? Nous n'avons pas inventé une réponse nouvelle. Et chaque fois que nous nous interrogeons ainsi, nous haussons les épaules : "Quelle importante a la mort quand la vie n'a pas d'importance?"

Saturday - Ian McEwan

Il hausse les épaules. "Aucune personne sensée n'est jamais pour la guerre. Mais dans cinq ans, on se félicitera peut-être de l'avoir faite. [...] Tu as raison, ça peut tourner au désastre. Mais ça peut aussi marquer la fin d'un autre désastre et le début de quelque chose de mieux. Tout dépend de l'issue finale, et personne ne la connaît. Voilà pourquoi je ne me voit pas défiler dans les rues."

My Sweet Orange Tree - José Mauro de Vasconcelos

J'étais vexé et ne voulus plus parler. Je n'avais pas davantage envie de chanter. Mon oiseau qui chantait au-dedans de moi s'envola.

"Mais moi aussi, tu avais dit que tu me tuerais...
- Je l'ai dit au début. Ensuite, je t'ai tué à l'envers. Je t'ai fait mourir en te faisant naître dans mon cœur. Tu es la seule personne que j'aime, Portugâ. Le seul ami que j'aie. Ce n'est pas parce que tu me donnes des images, de la limonade, des gâteaux et des billes... Je te jure que je dis la vérité.

Je caressais la fleur blanche. Je ne pleurerais plus pour quoi que ce soit. Même si Minguinho essayait de me dire adieu avec cette fleur, il quittait le monde de mes rêves pour le monde de la réalité et de ma douleur.